L'open source, une alternative pour ameliorer l'emploi local
Par Daniel Veillard, dimanche 21 août 2005 à 11:04 :: General :: #4 :: rss
Il y a un constat que je fais régulièrement et qui m'accable : en dépit de filières de formation excellentes dans les domaines de l'informatique et des mathématiques, nous n'arrivons pas à transformer cette valeur potentielle en valeur industrielle de manière efficace. Il y a un certain nombre de raisons à cela, que je ne pourrais énumérer dans un billet de taille décente, mais je crois qu'on peut exhiber deux points principaux:
- l'emploi informatique est essentiellement lié à du service, pas à de la création industrielle (celle-ci est pilotée depuis les USA et en grande partie délocalisée dans les pays émergents, Inde et Chine en tête), nous ne faisons plus beaucoup de logiciel dans l'hexagone, il est importé, adapté localement avec du service mais rarement créé sur place.
- les ingénieurs qui ont passé au minimum 6 ans à faire des maths puis de l'informatique souvent fondamentale ont un profil de carrière type basé sur l'abandon de la technique vers le management dès qu'ils veulent utiliser l'ascenceur social. Une fois devenus chef de projet, leurs compétences techniques ne sont plus utilisées, au mieux rendues obsolètes, au pire reniées pour mieux se conformer au profil dirigeant.
De ce constat, on peut aussi dériver un certain nombre d'effets négatifs, comme la fuite de ceux qui veulent faire une carrière brillante mais technique vers d'autres pays, par ordre USA, Royaume-Uni et Allemagne où un profil technique pointu peut se monnayer bien plus cher qu'en France, et où les perspectives et moyens y sont sans commune mesure. Un autre effet est la perte de la maîtrise technique des pièces logicielles standard utilisées pour la majorité des déploiements de l'outil informatique, et la perte de la maîtrise d'un outil a des conséquences importantes sur le long terme; les facteurs de risque, de couts et la dépendance induite sont difficiles a évaluer. Le dernier effet dont j'aimerais aussi un ordre de grandeur est le résultat sur la balance économique, quel est le coût de nos importations dans le secteur du logiciel... Si des chiffres sont disponibles, je suis preneur !
De mon point de vue, l'espoir d'amélioration de la situation passe par le développement de l'utilisation de logiciels libres ou "open source" car il s'attaque à certaines des racines du problème. D'un point de vue économique, le déploiement de solutions open-source progressif comme l'ont fait les services des impôts ou des douanes permet de reprendre la maîtrise des outils associés, l'argent ainsi investi est redistribué à des entreprise locales ou au moins permet à des acteurs locaux de s'aligner sur les appels d'offres. Lorsque cet argent vient de nos impôts, c'est quand meme plus satisfaisant de le savoir réinvesti dans de l'emploi local (et qui reviendra en partie dans les caisses de l'état) que de le voir partir directement outre-atlantique.
Un effet associé au déploiement de solution open-source local est une revalorisation de l'expertise technique, les solutions informatiques ne sont pas des outils figés, il y a toujours un besoin d'adapation et d'intégration aux besoins spécifiques des utilisateurs. Sans blocages liés a la propriété intellectuelle, toute entreprise de service peut proposer des développements spécifiques sur une infrastructure open-source, les seules limitations étant d'acquérir l'expertise technologique et les moyens nécessaires au développement. De petites structures à forte expertise ont alors le potentiel pour s'aligner sur des contrats de développements sans avoir besoin d'un accord préalable avec une entreprise bien plus large capitalisant sur la propriété intellectuelle des outils de base. Le déploiement progressif de solutions open-source devrait dynamiser le secteur du développement et du service en informatique, et réevaluer l'expertise basées sur ces solutions.
Je suis optimiste, tout en restant pragmatique, le déploiement doit etre fait progressivement, une révolution n'est pas de mise. Je ne m'attend pas à ce que Paris passe tous ses postes de travail sous Linux du jour au lendemain, mais des initiatives plus modestes, progressives avec des acteurs locaux, ou en ne changeant que les outils, me semblent plus réalistes et sans doute plus efficaces. Par example, basculer d'abord vers Mozilla/Firefox et OpenOffice comme l'ont fait les Douanes. Le facteur psychologique est important, car une fois que l'utilisateur ne voit plus une solution open-source comme une solution gratuite juste là pour réduire les couts mais plutôt comme une alternative plus ouverte et potentiellement plus performante, alors la moitié du chemin est faite vers une migration complète et réussie. L'autre moitié consiste à développer les solutions spécifiques et à construire de bonnes relations avec des fournisseurs informatiques assurant migration et maintenance, et cela est certainement meilleur pour l'emploi local que l'intégration de composants propriétaires en provenance des USA !
Commentaires
1. Le lundi 22 août 2005 à 00:59, par Dam
2. Le lundi 22 août 2005 à 11:55, par yartz
3. Le lundi 22 août 2005 à 13:39, par DV
4. Le lundi 22 août 2005 à 14:03, par yartz
5. Le lundi 22 août 2005 à 15:21, par Daniel Veillard
6. Le mardi 23 août 2005 à 00:39, par Nicolas
7. Le mardi 23 août 2005 à 05:16, par Laurentj
8. Le mardi 23 août 2005 à 05:50, par Daniel Veillard
9. Le samedi 19 novembre 2005 à 05:41, par Malekal_morte
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