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Le Logiciel en France dans tous ses (mauvais) états...

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jeudi 20 septembre 2007

Daniel GlazmanSyntec

Quand je pense qu'on se demande pourquoi des petits éditeurs de logiciels comme Disruptive Innovations et le Syntec ne se comprennent pas du tout... Il suffit juste de lire ça, cela remet les idées en place.

mardi 11 septembre 2007

Daniel GlazmanCoup de gueule

Je vais le dire comme je le pense : le Ministère de la Culture et de la Communication et le Gouvernement nous prennent, nous les informaticiens, pour des sacrés cons - et des portefeuille sans fonds. D'un côté on nous annonce des "mesures" pour les entreprises innovantes, pour soutenir la haute technologie dans les PME. De l'autre côté, des crânes d'oeuf à la solde de la SACEM nous pondent ça.

En tant qu'entreprise de développement informatique, nous payons déjà :

  1. une taxe absolument exorbitante sur les CD-R et DVD-R même s'ils ne nous servent qu'à nos sauvegardes de données,
  2. une taxe sur les ordinateurs dont les cartes graphiques sont équipées de tuner télé,

Nous allons maintenant payer également :

  1. une taxe sur les cartes CompactFlash et SD que nous utilisons comme media portables,
  2. une taxe sur les disques durs externes que nous utilisons pour nos backups et comme solution de stockage de masse externe.

Que l'on s'y trompe pas, les taux proposés pour cette nouvelle taxe sont énormes. Cela représente très exactement 10€ sur un disque dur de 500Go dont la valeur actuelle est de l'ordre de la centaine d'euros. Soit donc 10%.

Soyons clairs, le Gouvernement encourage non seulement le piratage mais également la fraude :

  • de plus en plus d'achats de CD-R et DVD-R vierges vont passer par le Luxembourg par exemple,
  • les geeks vont tous contourner la décision en achetant des disques durs internes et à côté un boitier externe à 19 euros, le disque n'étant dans ce cas pas taxable,
  • les photographes vont acheter leurs cartes mémoire sur le web à l'étranger (ils sont bêtes s'il ne le font pas déjà...),
  • les entreprises qui filent des clefs USB sécurisées à leurs employés comme bureau mobile vont s'approvisionner à l'étranger.

Si la bêtise était une médaille, les torses de nos bureaucrates ressembleraient à ceux d'anciens de l'Armée Rouge...

dimanche 5 novembre 2006

Daniel GlazmanOslo 2000

Je viens d'avoir pas mal d'échanges par mail et blogs interposés avec un vieux copain et collègue, Pierre Saslawsky. Je me souviendrai toujours de Pierre, apprenant que je cherchais du boulot au cours d'une mémorable réunion du CSS Working Group à Oslo, me disant qu'il allait pousser ma candidature chez Netscape puis m'expliquant la vie dans cette boîte de rêve. Il m'a dit deux choses :

  1. Netscape's dress code ? Be dressed.
  2. un développeur est mieux payé que son manager parce que le manager est remplaçable à tout instant, lui...

Rien que cela me donnait une idée assez fabuleuse de cette entreprise archi-connue. Rien quel cela était tellement différent de ce que j'avais vécu en France :-)

lundi 30 octobre 2006

Daniel GlazmanUn autre monde

une révolution du managementUne fois n'est pas coutume, je vais faire de la publicité pour un livre. Bernard Girard est allé visiter Google et en a ramené une analyse personnelle publiée dans son livre : c'est "révolutionnaire". Bon, c'est surtout révolutionnaire pour les petits français qui ne sont jamais sortis de l'hexagone et n'ont jamais travaillé dans le logiciel en Silicon Valley, mais cela a le mérite très clair d'enfin dire ici qu'on peut travailler autrement, en accordant du crédit uniquement à la compétence et en bâtissant une chaîne de valeurs dans lequel l'ingénieur n'est pas la feuille de l'arbre mais la racine. Bref, un livre à offrir à tous, et en particulier à votre patron...

vendredi 27 octobre 2006

Daniel GlazmanBeurre et argent du beurre

Il y a quelques temps, un nom assez connu de l'Internet français a contacté mon entreprise pour du développement de code. Projet intéressant, totalement dans notre scope, nécessitant un bon background Mozilla et Firefox. J'ai établi un devis. Qui a suscité un blocage total chez le prospect qui s'attendait en fait à un prix de l'ordre de 200 euros par jour de travail...

Ce chiffre mérite commentaire, car il est totalement symptomatique de la manière dont on traite le développement informatique en France dans les entreprises non-technologiques : comme la dernière roue du carosse. L'informatique, le logiciel, c'est la contrainte malheureuse, le truc par lequel on doit à regret passer mais sur lequel on ne veut surtout pas trop investir ni avoir à gérer. Alors qu'on accepte de payer un médecin spécialiste 200 euros pour une consultation de 20 minutes, un avocat d'affaires à 300 euros de l'heure ou plus, on ne veut pas mettre plus de 500 euros de la journée (et ici bien moins) pour des experts en technologie logicelle.

Certes, certes, il y a sur le marché des Services Informatiques un nombre certain de "vendeurs de viande", qui se gardent bien de dire que le type qu'on propose comme "expert SGBD" n'a jamais fait que du Visual Basic et a eu un week-end pour lire un tutorial de 50 pages sur SQL. Mais il n'y a pas que des margoulins, il y a aussi des vrais experts, et Disruptive Innovations pense en faire partie, sans vergogne.

Malheureusement, cela n'est pas prêt de changer. Comme le marché de l'emploi est en train de se tendre dans les Services Informatiques, les SSII vont de plus en plus aller voir chez des candidats venant d'autres filières et les formeront en interne, comme cela se produisait en 1990-1992. Corollaire positif pour les SSII : on paye ces gens-là nettement moins qu'un informaticien de formation, qu'on paye déjà assez mal de toute manière... Bref, les SSII peuvent suivre la tendance baissière demandée par les clients. Or c'est se tirer une balle explosive dans le pied ! Parce que les SSII font cela depuis maintenant dix ans, le marché local est habitué à des tarifs de consulting informatique sans rapport réel avec le niveau de compétence et d'expertise des intervenants. Les prix sont ridiculement bas et frôlent dangereusement les limites de la rentabilité pour ceux qui veulent encore proposer de la qualité, de la compétence, de l'expertise ; donc avec des bons ingénieurs qu'on ne paye pas au lance-pierre pendant qu'on assure une croissance à deux chiffres aux investisseurs.

Une vieille blague de SSII pour finir:

  • bonjour, nous sommes un client et nous voudrions que vous fassiez cela pour nous
  • mais c'est de la merde
  • mais c'est ce que nous voulons
  • bon, on a terminé, voici notre livraison
  • mais c'est de la merde !
  • ah mais c'est ce que vous nous avez demandé...

Toute ressemblance avec une situation réelle personnellement vécue par tout lecteur travaillant en société de services n'est pas fortuite, désolé...

lundi 29 mai 2006

Daniel GlazmanRecruter dans la High-Tech, est-ce possible ?

Bon, je cherche à embaucher un(e) ingénieur logiciel doué en XUL et autres technos sous-jacentes à Mozilla, mais ce n'est pas exactement le sujet de cet article. Ce qui est le sujet de cet articles, ce sont les nombreuses réponses reçues après mes annonces sur mon blog et dans la mailing-list des anciens de Netscape : deux... Deux réponses seulement pour me dire que l'auteur n'était pas disponible en ce moment de toute manière...

Pas brillant hein ?

Pourtant j'offre un bon job, correctement payé, sur une technologie fascinante, dans un environnement cool de petite boîte vraiment sympa et où on ne tue pas les employés à la tache. Je ne suis pas un patron chiant, et ici on apprend tous les jours en se faisant un CV d'enfer. Côté technologies, Mozilla et Firefox atteignent des sommets de diffusion dans certains pays européens et offrent des ressources énormes en tant que plate-forme de développement d'applications. L'extensibilité de Mozilla n'est pas un vain mot, et les milliers d'extension pour Firefox et Thunderbird sont là pour le prouver. Xulrunner est un outil exceptionnel de développement d'application et un environnement de prototypage extraordinaire.

Mais il n'y a personne sur le sujet. Alors zut, faut-il en France que les technologies soient vieilles de 15 ans et sortent soit d'un Grand Editeur Commercial ou d'un labo style INRIA pour être enseignées aux étudiants ou adoptées par eux ? Plus le temps passe, et plus je consterné par le marché de l'emploi de l'Informatique en France. Les ingénieurs Logiciel se plaignent de ne pas avoir de boulots de R&D sympas en France mais je vais finir par croire que c'est normal : personne ne va plus loin que son cursus universitaire, cursus qui est dans la plupart des cas inutilisable au niveau industriel. Bref, non seulement les formations sont inadéquates, mais les informaticiens français sont flemmards et sont des suiveurs plutôt que des précurseurs.

Bon. Allez, je respire à fond et je fais chauffer la colle pour réparer le bureau sur lequel je viens de passer mes nerfs. Mais je cherche toujours un hacker mozilla pour une embauche chez Disruptive Innovations...

jeudi 13 avril 2006

Daniel GlazmanACM

Le concours international ACM vient de s'achever. Je sais, ce n'est qu'un concours, mais les résultats sont lus par tant de monde qu'on peut se demander si ce n'est pas, pour une Université, un investissement très rentable de former une équipe pour ce concours et s'y placer avantageusement. Cherchez donc la France dans la liste des résultats... Bonne chance :-(

vendredi 13 janvier 2006

Daniel GlazmanPetit sondage rapide

Bonjour à tous, et bonne année 2006. Nous allons commencer par un petit sondage tout simple. Choisissez votre réponse et cliquez. Cela doit venir des tripes, ne vous triturez pas les méninges pendant 20 minutes pour répondre... S'il y a autant de réponses que sur le post "Salaire des Informaticiens", cela donnera une image intéressante des formations reçues.

Nota bene: oui, je sais, cela reste un petit sondage, très biaisé, effectué sur un échantillon non représentatif. Mais je rêve de vous poser cette question depuis un bon moment déjà...

samedi 5 novembre 2005

Daniel GlazmanAFDEL

Les medias technologiques continuent à nous bassiner avec la création de l'AFDEL. Je dois avouer que je suis pour le moins sceptique quant à l'AFDEL, et pourtant je dirige "un petit éditeur français de logiciels". Une organisation professionnelle de cette nature qui est infoutue d'avoir une position sur la brevetabilité du logiciel, pour ou contre, me semble bien mal partie. Une organisation qui valide la présence de Microsoft au nom de, je cite, "l'Afdel est ouverte à tout éditeur à partir du moment où celui-ci exerce des activités de R&D en France", fin de citation, a du mal à paraître sérieuse quand on sait combien Microsoft fait de R&D en France. Ah oui, c'est vrai, il y a ce fameux labo commun avec l'INRIA. Bon, comment disait Desproges déjà ? Ah oui, pouf-pouf.

Plus je lis sur l'AFDEL, que je ne pensais déjà pas capable de me représenter correctement, et moins je crois non seulement en leur utilité, mais même en leur sincérité. Je n'attends pas de l'organisation professionnelle des éditeurs français de logiciels qu'elle agisse comme la RIAA... Mon opinion mienne et tout ça, bien entendu.

mercredi 7 septembre 2005

Daniel GlazmanLe salaires des Informaticiens aux US

ADTGmag.com vient de publier un article court et fort intéressant sur l'évolution des salaires des informaticiens aux USA. Si vous lisez l'anglais, comparez donc avec ce qui se fait chez nous... Attention, cet article vient d'être slashdotté, il peut être d'accès difficile. Si c'est le cas, essayez à nouveau demain.

samedi 27 août 2005

Daniel GlazmanRelancer l'Innovation

Ce blog n'était pas initialement prévu pour faire de la citation d'articles de presse mais bon, cet assez court article de ZDnet.fr passé totalement inaperçu (sauf à la Branche Conseil Innovation de la DIT EDF/Gaz de France, merci François) vaut le coup d'être lu, et est bien dans le scope. Morceau choisi:

" Selon Mathieu Poujol, le plus gros avantage du phénomène des programmes non propriétaires est qu'il «aura redonné ces lettres de noblesse au développement et relancé l'innovation». "

mardi 23 août 2005

Daniel GlazmanLe Salaire des Informaticiens

En 2000, il m'est arrivé quelque chose d'absolument extraordinaire. Enfin extraordinaire pour un informaticien français, il s'entend. Après quelques péripéties de  début d'année, mon salaire a fait un bond énorme lorsque je suis devenu Directeur Technique de la filiale française d'un cabinet de conseil suédois. Cela n'a pas duré longtemps parce que ce n'était pas vraiment mon truc, mais je dois dire que pour la première fois de ma vie, j'ai eu un salaire qui me semblait être large... Auparavant, et alors que la liste des prérequis sur les offres d'embauche s'allongeait de plus en plus chaque année, j'avais cette impression profonde de me faire avoir, d'être financièrement sous-évalué au profit des Grands Prédateurs que sont les Commerciaux, la Direction et l'Actionnaire...

Donc en 2000, après cet épisode scandinave, j'ai eu la chance de pouvoir revenir à mes premières amours, c'est-à-dire la technique, avec seulement une faible baisse de salaire à la clé. Ce qui signifiait que pour un babasseur en France, mon salaire était tout à fait royal. Oh, rassurez-vous, je sais parfaitement que j'ai été, à cette occasion, le parfait contr'exemple, une rareté. Pour la plupart, le salaire est insuffisant. Au vu de la quantité de boulot à fournir, de la malléabilité des emplois et des compétences requises, "payé au lance-pierre" est le commentaire qui revient le plus souvent en France concernant les informaticiens. Comparé aux USA, à l'Angleterre ou même à la Scandinavie et l'Allemagne, les informaticiens sont sous-payés.

En 1991, Le salaire de base d'un ingénieur informaticien tout juste diplômé était situé entre 150.000 et 210.000 Francs. Ce qui était très bien, vu le coût de la vie et du logement à l'époque. On arrivait très bien à s'en sortir et même à économiser un peu. En 2005, ce salaire de base du même informaticien juste diplômé se situe désormais entre 23.000 et 37.000 € annuel. Soit, au taux de change fixe de 6,55957 pour un, entre 150.000 et  242.000 Francs... Or, en francs constants, 210.000 Francs de 1991 correspondent plus ou moins à 265.000 Francs de 2005 !

Le salaire de base - fourchette haute - du débutant ingénieur informaticien a donc en quinze ans baissé d'environ 8,7%... En fourchette basse, il a perdu environ 28% !

La raison principale est encore une fois la structuration de notre marché informatique en France. Essentiellement composé de SSII, c'est le "client" et le "projet" qui sont son capital de base, pas le "cerveau" et le "produit". Le premier modèle, celui des SSII, est beaucoup plus sensible aux alea du marché, un peu comme les Agences d'Interim sont les premières à ressentir un ralentissement économique. Quand au contraire on investit dans un produit ou une gamme de produit avec une équipe stable à haut degré de compétences, cette sensibilité est un peu plus faible.

Les SSII sont donc la cause principale de la tension sur le marché des informaticiens, avec des changements de régime forts, des moratoires sur les embauches et sur les augmentations. Les SSII cherchent aussi souvent à maximaliser la marge, en embauchant des non-informaticiens formés en interne à la va-vite et payés des clopinettes, sans diminuer le prix de vente de la prestation. Je n'invente rien, j'ai personnellement vu des dizaines de biologistes et géomètres devenir comme ça informaticien en dix jours. Je ne vous raconte pas le code que cela donnait !

Un exemple vécu : j'ai été contacté il y a quelques mois par une SSII demandeuse de sous-traitance sur Mozilla. Il leur fallait, je cite, un expert Mozilla disponible immédiatement.  Mes tarifs sont calculés, comme eux, en fonction de l'urgence, de la durée du contrat, du niveau de compétence requis (du brainstorm stratégique sera plus cher que du code de base), et même de la license du code produit (mes tarifs sont nettement plus bas si votre projet est open-source...). Sachant que j'ai bossé en SSII et que je connais bien les prix du secteur, je leur ai fait une propale tout à fait raisonnable pour la demande. Mon contact m'a répondu que c'était beaucoup trop cher et que donc il allait, je cite de nouveau, "former vite fait un de ses gars et lui demander de jeter un oeil sur le problème"... Je souhaite bien du courage au valeureux client de la SSII en question !

Attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, toutes les SSII ne sont pas gérées par des margoulins vendant de la merde. Mais même dans celles qui sont bien gérées, la capitalisation des connaissances est rarement un élément fondateur de l'activité.

Nous avons besoin d'une vraie industrie de développement du logiciel. Des entreprises fondées sur la haute technologie et l'innovation. Pour cela, il faut des risqueurs. Je ne parle pas que des financiers, qui en France ne comprenne rien au logiciel. Je parle des informaticiens ! Vous avez un projet en tête, vous avez déjà développé un projet de fin d'études fabuleux ? LANCEZ-VOUS ! Vous avez l'immense chance de travailler dans un des SEULS secteurs de l'industrie ne demandant presque rien pour démarrer : une bécane, une liaison ADSL, et votre cerveau en état de marche. PROTOTYPEZ ! ALLEZ-Y ! Et une fois que vous aurez quelque chose à montrer, allez toquer à la porte des investisseurs, de préférence ceux de la Silicon Valley même si c'est pour rester en France. Si vous n'avez pas de contacts, un Daniel Veillard ou moi-même en avons, et une mise en rapport ne vous coûtera qu'un pôt au bistro du coin.

Surtout ne faites pas comme moi : en 1992, je disposais d'un tel projet. Je suis allé voir le père d'un copain, patron d'une SSII. Il m'a totalement refroidi dans le genre "le logiciel ça ne survit que si vous vous appelez Microsoft" et je ne me suis jamais lancé. Treize ans plus tard, je m'en mords toujours les doigts...

Si vous disposer d'un projet, montez-le, n'attendez pas. Sinon, vous le regretterez toute votre vie. C'est le seul vrai moyen de rester gagner sa croute en France et ne pas se morfondre à faire des trucs que l'on aime pas.

dimanche 21 août 2005

Daniel VeillardL'open source, une alternative pour ameliorer l'emploi local

Il y a un constat que je fais régulièrement et qui m'accable : en dépit de filières de formation excellentes dans les domaines de l'informatique et des mathématiques, nous n'arrivons pas à transformer cette valeur potentielle en valeur industrielle de manière efficace. Il y a un certain nombre de raisons à cela, que je ne pourrais énumérer dans un billet de taille décente, mais je crois qu'on peut exhiber deux points principaux:

  • l'emploi informatique est essentiellement lié à du service, pas à de la création industrielle (celle-ci est pilotée depuis les USA et en grande partie délocalisée dans les pays émergents, Inde et Chine en tête), nous ne faisons plus beaucoup de logiciel dans l'hexagone, il est importé, adapté localement avec du service mais rarement créé sur place.
  • les ingénieurs qui ont passé au minimum 6 ans à faire des maths puis de l'informatique souvent fondamentale ont un profil de carrière type basé sur l'abandon de la technique vers le management dès qu'ils veulent utiliser l'ascenceur social. Une fois devenus chef de projet, leurs compétences techniques ne sont plus utilisées, au mieux rendues obsolètes, au pire reniées pour mieux se conformer au profil dirigeant.

De ce constat, on peut aussi dériver un certain nombre d'effets négatifs, comme la fuite de ceux qui veulent faire une carrière brillante mais technique vers d'autres pays, par ordre USA, Royaume-Uni et Allemagne où un profil technique pointu peut se monnayer bien plus cher qu'en France, et où les perspectives et moyens y sont sans commune mesure. Un autre effet est la perte de la maîtrise technique des pièces logicielles standard utilisées pour la majorité des déploiements de l'outil informatique, et la perte de la maîtrise d'un outil a des conséquences importantes sur le long terme; les facteurs de risque, de couts et la dépendance induite sont difficiles a évaluer. Le dernier effet dont j'aimerais aussi un ordre de grandeur est le résultat sur la balance économique, quel est le coût de nos importations dans le secteur du logiciel... Si des chiffres sont disponibles, je suis preneur !

De mon point de vue, l'espoir d'amélioration de la situation passe par le développement de l'utilisation de logiciels libres ou "open source" car il s'attaque à certaines des racines du problème. D'un point de vue économique, le déploiement de solutions open-source progressif comme l'ont fait les services des impôts ou des douanes permet de reprendre la maîtrise des outils associés, l'argent ainsi investi est redistribué à des entreprise locales ou au moins permet à des acteurs locaux de s'aligner sur les appels d'offres. Lorsque cet argent vient de nos impôts, c'est quand meme plus satisfaisant de le savoir réinvesti dans de l'emploi local (et qui reviendra en partie dans les caisses de l'état) que de le voir partir directement outre-atlantique.

Un effet associé au déploiement de solution open-source local est une revalorisation de l'expertise technique, les solutions informatiques ne sont pas des outils figés, il y a toujours un besoin d'adapation et d'intégration aux besoins spécifiques des utilisateurs. Sans blocages liés a la propriété intellectuelle, toute entreprise de service peut proposer des développements spécifiques sur une infrastructure open-source, les seules limitations étant d'acquérir l'expertise technologique et les moyens nécessaires au développement. De petites structures à forte expertise ont alors le potentiel pour s'aligner sur des contrats de développements sans avoir besoin d'un accord préalable avec une entreprise bien plus large capitalisant sur la propriété intellectuelle des outils de base. Le déploiement progressif de solutions open-source devrait dynamiser le secteur du développement et du service en informatique, et réevaluer l'expertise basées sur ces solutions.

Je suis optimiste, tout en restant pragmatique, le déploiement doit etre fait progressivement, une révolution n'est pas de mise. Je ne m'attend pas à ce que Paris passe tous ses postes de travail sous Linux du jour au lendemain, mais des initiatives plus modestes, progressives avec des acteurs locaux, ou en ne changeant que les outils, me semblent plus réalistes et sans doute plus efficaces. Par example, basculer d'abord vers Mozilla/Firefox et OpenOffice comme l'ont fait les Douanes. Le facteur psychologique est important, car une fois que l'utilisateur ne voit plus une solution open-source comme une solution gratuite juste là pour réduire les couts mais plutôt comme une alternative plus ouverte et potentiellement plus performante, alors la moitié du chemin est faite vers une migration complète et réussie. L'autre moitié consiste à développer les solutions spécifiques et à construire de bonnes relations avec des fournisseurs informatiques assurant migration et maintenance, et cela est certainement meilleur pour l'emploi local que l'intégration de composants propriétaires en provenance des USA !

mercredi 10 août 2005

Daniel GlazmanVos salaires

Pour un prochain billet, et parce que je préfère lire du vécu plutôt que des stats peu fiables, j'ai besoin de votre aide : si vous êtes informaticien débutant (moins de deux ans d'expérience), pouvez-vous svp en commentaire donner votre salaire annuel d'embauche, votre fonction d'embauche, votre niveau scolaire/estudiantin (rien, bac, deug, maîtrise, DESS, ingénieur, doctorat, extra-terrestre, etc.), et le secteur de votre entreprise (SSII, éditeur de logiciel, hardware, industrie, autre). Bien entendu, tout cela peut être parfaitement anonyme. Merci de votre coopération.

Pendant ce temps, Daniel Veillard vous prépare un bel article de fond. A suivre.

mercredi 3 août 2005

Daniel GlazmanSyntec

Un des principaux points noirs dans le monde du Logiciel en France est sans aucun doute la Convention Collective appliquées par la plupart des industries du secteur. Il s'agit de la la Convention Collective Nationale Applicable au Personnel des Bureaux d'Études Techniques, des Cabinets d'Ingénieurs-Conseils et des Sociétés de Conseils aussi appelée plus communément Syntec. Vous en trouverez son texte complet actualisé sur le site de Syntec.

Syntec est un vrai fourre-tout, assez bien conçu pour les SSII dont le métier est bien d'être Conseils et Etudes pour des tiers, mais beaucoup moins pour les Editeurs de Logiciel. Qu'on en juge, à la liste des types d'entreprises auxquels s'appliquent Syntec:

  • Conseil en systèmes informatiques
  • Edition de logiciels non personnalisés
  • Autre activités de réalisation de logiciels (en gros, les logiciels personnalisés)
  • Traitement de données (cela va de la saisie d'annuaire au kilomètre à la mise en place de mailings en passant par l'infogérance)
  • Activités de banques de données (fourniture de base de données par exemple)
  • Etudes de marchés et sondages, par exemple sur des questions politiques, économiques et sociales (là, on quitte clairement le développement informatique)
  • Conseil pour les affaires et la gestion
  • Ingénierie et études techniques (attention, ici on parle d'industrie lourde genre BTP, Pétrole, etc mais pas de logiciel)
  • Analyses, essais et inspections techniques (essais, conformité aux normes, viellissement, sécurité, etc.)
  • Sélection et mise à disposition du personnel (et si, dans Syntec, on fait même des Ressources Humaines puisque c'est du Conseil...)
  • Organisations de foires et salons (l'organisateur de la Foire de Paris est clairement dans Syntec. Rapport avec le Logiciel ?)

Alors que le monde du logiciel est autrement plus complexe que ce que la plupart des SSII font, Syntec qui s'applique à ces entreprises n'inclus presque aucune spécificité concernant les métiers du logiciel et la gestion de carrière associée. Il est ainsi consternant de constater que le Logiciel ne représente spécifiquement dans Syntec qu'un seul article de huit petites lignes du titre onze concernant les logiciels réalisés pendant les horaires de travail, et encore est-ce là uniquement pour protéger les Droits de l'employeur...

En particulier, et c'est le sujet principal de ce billet, Syntec n'impose pas aux entreprises du Logiciel d'avoir une double échelle hiérarchique. D'un côté les technos, de l'autre côté les stratifs. Or c'est cette absence qui fondamentalement fait défaut, engageant les SSII à n'avoir que des équipes de débutants peu payés pour garantir une croissance si possible à deux chiffres aux actionnaires. Entendons-nous bien, je n'ai rien contre le fait de rendre la monnaie de leur pièce aux investisseurs. Mais encore faudrait-il que les clients de l'entreprise n'en soient pas pour leur frais...

Il est tout de même étrange que tout le monde souhaite avoir affaire à un bon médecin ayant de l'expérience (et donc un peu âgé) mais que les clients acceptent que leurs développements informatiques critiques soient réalisés par des personnels souvent débutants ou ayant très peu d'expérience.

Il faut donc permettre aux techniciens, qu'ils soient Agents de Maîtrise (nom de Zeus ce que je peux haïr cette dénomination...) ou Ingénieurs, de progresser dans leur propre échelle technique, sans obligation de basculer vers le management/administratif à cause du coût. La mise en place d'une double échelle de carrière, même si elle n'aurait aucune force d'obligation pour les employeurs, me semblent grandement incitative vis-à-vis du client qui reçoit le CV des personnels proposés en sous-traitance. De la différence existant entre "Senior Manager" et "Senior Technical Manager". Entre "Chef de Projet" et "Architecte Système". On peut parfaitement être "Senior Software Engineer" et "Manager". Il suffit de le dire. Officiellement.

Tout cela est finalement une affaire de transparence...

Alors quid des éditeurs de logiciels non personnalisés comme mon entreprise, Disruptive Innovations ? Et bien, je ne me sens pas bien du tout dans Syntec. Je trouve cette Convention parfaitement inadaptée à mon activité. En particulier, les annexes 1 et 2, qui classifient les personnels en fonction de leurs compétences,ancienneté et responsabilités, me semble obsolète. Quant on y lit que le coefficient hiérarchique de la position 2.1 varie selon que l'on a moins ou plus de 26 ans, il est assez clair que cette Convention Collective a besoin d'un sérieux dépoussiérage. A 20 ans, j'avais déjà 11 ans et demi d'informatique derrière moi, soit plus que la plupart des Ingénieurs que j'ai rencontrés en 1991 quand j'ai débuté ma carrière professionnelle. Quand Netscape a embauché un Stuart Parmenter à 16 ans pour devenir un de ses principaux ingénieurs logiciel, ou un Angus Davis à 17 ans pour finalement devenir le Product Manager du Navigateur, Netscape ne s'est pas demandé si l'âge jouait un rôle dans la compétence du gars.

En résumé, je pense donc fortement qu'il faudrait que Syntec intègre la double échelle de carrière, technique et managériale. Cela permettrait sans doute d'éviter le fameux "vous coûtez trop cher pour continuer à faire de la technique" et contribuerait à dépoussiérer le statut des informaticiens. L'idéal serait bien entendu une convention spécifique aux métiers du logiciel, mais c'est certainement trop d'effort.

Allez, je vais m'arrêter là pour aujourd'hui mais je ne résiste pas et vous livre une dernière perle : Syntec, dans l'article six titre deux, impose à tout affilié de publier ses offres d'emploi à l'ANPE ou à l'APEC si elles ne sont pas pourvues en interne. Vous pouvez donc attaquer toute SSII qui publierait une annonce sans la mettre également à l'ANPE et à l'APEC...